vendredi 23 janvier 2009

LOL

Vous êtes vous déjà demandé ce que pourrait donner la Boum 15, sur facebook ? A mon avis, rien du tout, lol !

Inintéressant au possible, vulgaire, creux, voici les trois adjectifs qui me semblent convenir le mieux à cette comédie qui est loin de retrouver la qualité d'écriture du hui-clos « Comme t'y es belle » de la même auteur.

Sophie Marceau n'y rayonne pas, son rôle semble parfois secondaire; le quotidien de son personnage ne nous amène pas à la rêverie ... La boum 15, S. Marceau remplace désormais Brigitte Fossey, Françoise Fabian serait la fille de Denise Grey.

Les pérégrinations adolescentes, les amours et potacheries nous évoquent plus « Les sous-doués », ou « Profs » auxquels on enlèverait l'intérêt; les quelques gags qui parmi d'autres médiocres parviennent à nous faire rire et passer un moment décomplexant.

Le film sonne bourgeois, et ne rechigne sur aucun cliché, à en être insultant : le succès du film en Angleterre est compromis, les gendarmes en prennent pour leur grade, surtout ceux qui n'en ont pas.

Assez consternant, en aucun cas un hymne à l'intelligence. Se lancer dans une comédie présente toujours un risque, celui de ne pas atteindre son but, faire rire; et de laisser cet arrière goût creux. Certains apprécieront peut être les lieux communs sur les comportements hétérosexuels libérés en parole (moins on en parle ...), les remarques sur les strings, capotes, pétards et autres sites web pornographiques, les SMS vidés de toute littérature (notons ici le réalisme), l'effet groupie autour d'un air pop-rock fusion de Take That et les BB brunes, ou encore les amourettes adolescentes tout en passions aussi soudaines qu'éphémères et anodines (on peut effectivement y trouver un plaisir comparable à celui que l'on peut connaît à voir le film de Pinoteau, un attachement à la petite et à ses travers sentimentaux).

D'autres préféreront s'abstenir. Allez un autographe tout de même.

Millionnaire des bidonvilles


Bombay devenu Mumbaï, cœur de Bollywood. Théâtre coloré pour qui veut voir au travers de la poussière des pots d'échappement et des travaux de la ville, théâtre animé où vous rencontrerez nababs comme lépreux, vaches sacrées comme chiens errants, musulmans, hindous et juifs, végétariens, végétaliens, ominivores, théâtre sulfureux de prises d'otages récentes, dans l'un des plus beaux hôtels de la ville et de l'Inde toute entière, la Taj Mahal. Les luxueux complexes côtoient les bidonvilles, tendent parfois à les remplacer, à les déplacer. Peu de places pour les édifices historiques, un bref passé colonial, symbolisé par cette gare Victoria, joyau touristique au même titre que Chowpatty Beach, l'anneau d'argent. Ville contrastée s'il en faut, vivante et charismatique, surchargée, étouffante, à l'atmosphère âpre, qui a inspiré Danny Boyle, monsieur "petits meurtres en amis", très British cosy, monsieur "Trainspotting", très British défonce, monsieur "La plage", très British en vacances, ou plus récemment monsieur "28 jours plus tard", très British Zombie.
Voici donc monsieur lorgnant cette fois si sur le passé colonial, dans un voyage auquel il nous convie; voyage visuel qui se veut rythmé telle l'agitée Mumbaï; course poursuite à travers les bidons et autres saris multicolores séchants. Voyage cadencé par la culture de Jamal Malik, enfant des bidonvilles, qui s'apprête à affronter son destin, devenir millionnaire, sans juste milieu, accéder à la gloire, vaincre les sarcasmes que sa condition lui a réservés, et lui réserve encore dans cette épreuve télévisée. Destin à laquelle l'Inde entière se raccroche.
Si Ewan Mc Gregor valait assurément mieux que Leonardo Di Caprio, le casting ici ne ronfle pas de noms tapageurs, pour nous autres élevés à l'hollywood chewing-gum, mais les fans de Bollywood y reconnaitrons quelques stars de là-bas, même si la star adulée Shar Ruk Khan n'a pu répondre présent. Ce parti pris a sûrement permis à Danny Boyle de retrouver son inventivité, sa vivacité d'esprit, sa capacité filmique à transfigurer, à sublimer les évènements; à les intensifier. Les couleurs, mais aussi les sons nous parviennent, la bande originale, osmose des sons indo-européens actuels nous rappelle que Trainspotting bénéficiait aussi d'un choix discographique de grande qualité, et le parallèle ne s'arrête certainement pas là. Le ton libre, la trame narrative annoncée certes, mais tenue, le rythme surtout, effréné, retrouvé dirons-nous, soutiennent la comparaison. Cette fois, la recette est cependant légèrement différente, l'humour n'est pas aussi présent, le film n'est pas nécessairement un film époque, tendance, choc; non, ici il fleure un air de fable, disons même de contes de fées, une fascination pour le destin et son écriture, une moralité bien présente, qui se comportera bien sera récompensé, une influence cinématographique évidemment empruntée, respectueuse, des dogmes Bollywoodiens.
En bien des moments, et pas seulement lors du générique final belle hommage, la référence se fait entendre, voir.
Voilà bien un film en tout cas dont le synopsis peut nous induire en erreur, voilà bien un film divertissant, voilà un film adage: « la culture se construit, se vit; la vie est culture ».

Louise Michel

Yolande Moreau nous avait impressionné en tant qu'actrice très récemment par son interprétation de Séraphine, tout en émotion, nous ne pensions pas la retrouver de ci-tôt dans l'univers de ses débuts, celui de Deschamps et Makeief, où les bonnes gens s'en donnent à cœur joie de remarques plus burlesques les unes que les autres, quand la bêtise est observée avec complaisance, voire tendresse, dans un petit village picard, en proie à un misérabilisme social ambiant. Ambiance Deschiens, quelque peu. Contons davantage, vous verrez, d'autres composantes s'adjoignent: Jean-Pierre pour pouvoir trouver du travail à sa sortie de prison se résout à changer de sexe, nouveau nom, Louise, direction l'usine de couture, premier fournisseur d'emploi de la région. De nombreuses amies, toutes sous-diplômées, des conditions de travail lamentables, un patron crapuleux, un responsable RH qui touche sa prime sur les salaires des employées, et qui s'adonne à quelques vices bien troublants, à en fermer ses trous de serrures, une galerie d'écervelés à faire peur, une lourdeur sociale omniprésente, ce tableau nous convie à un bal de délirants.

Geste humain de l'entreprise envers ses ouvrières, Françis Kuntz dans un habit de tortionnaire dont il se délecte depuis quelques années (direction Groland), dans un discours tout ce qu'il y a de plus minable, rappelant aux ouvrières leurs luttes passées, rappelle la grande générosité du patron de l'entreprise : nouvelle blouse pour toutes. Pilule amère ou signe d'amélioration qui donne lieu à détente, beuverie dans la bourgade, tourne au beauf ultime. La nuit passe, l'usine rouvre, les moyens de production ont disparu.

Le combat social doit commencer, et si l'hypothèse Full-Monty ou Fédération Francaise de Rugby est bien évoquée, l'idée de poser nue ou d'ouvrir une pizzéria ne rivalise pas avec la proposition de Louise, butter le patron par un professionnel, et quel professionnel ! Cathie se nomme aujourd'hui Michel après une transformation qui permet à son physique ingrat de trouver une résonance plus virile, qui lui ouvre les portes du métier d'agent de sécurité. Michel, donc, vit dans une misère assez ultime, et se rassure en s'inventant une vie de combattant du chemin des dames, ou compagnon d'Oswald.

Ce décor est bien celui qui est cher à Délépine et De Kervern, trublions de Canal Plus, et s'éloigne cette fois-ci un peu du sérieux d'Altraa ou Avida, sans pour autant tomber dans la niaiserie embourbée de Mickael Kael contre la World News Compagnie: nous versons dans le trash, sans limite, excessif à souhait; tous les interdits sont mis en scène avec beaucoup de plaisir.

Nous lorgnons bien évidemment par cet humour noir du coté du « C'est arrivé près de chez vous » de Poelvoorde et de ses amis belges, ou encore de « Bernie » de Dupontel.

Ces derniers sont au casting; tout comme d'autres amateurs du genre, le longiligne Christophe Salengro qui quitte ici sa présipauté pour arborer un seyant string ; si Gerflor refaisait des dalles il en irait de ses célébrissimes « Et hop », tandis que que Philippe Katerine se souvient de ses premiers tubes irrévérencieux, et entonne son « Jésus Christ mon amour » dans un de ses lieux glauques qui ont remplacé les maisons closes, autour d'une barre de gogo danseuses.

Le producteur du film lui même apparaît au casting, en bourgeois reconverti en écolo jusqu'au boutiste, pathétique, qui nous font, heureusement, oublier son dernier Babylon A.D. Ici Kassovitz ne semble pas franchement avoir la haine.

Ce film dérange du début à la fin (quelle introduction morbide !), c'est son but, et selon votre réceptivité, vous serez choqué et retourné, pris de malaises, ou bien vous vous plierez de rire à de nombreuses occasions, et parfois des plus simples.

En compétition à Sundance, le film en tout cas n'a que peu de chances de laisser insensible. Affreux, sales et méchants ...


Louise Michel à qui Jean Yanne rétorquait :"rouvrez les maisons".

mercredi 14 janvier 2009

De l'autre côté du plumard


Alice au pays des merveilles, le monde merveilleux de l'imaginaire, symbolisé par l'affront aux règles géométriques, le passage au travers des dimensions ...
Procédé introductif ici douteux, mais introductif, car de l'autre côté du lit, titre évocateur de mystères s'il en est (mais que se cache-t-il donc de l'autre côt du lit ? Jean-Paul Sartre a du y trouver la source à l'existentialisme), est un film douteux.
Et on est plus proche d'Alice ADSL que du paradis immatériel.
Première critique donc, le film est matérialiste, encrée dans son époque, avec des références modernes dirons-nous. Après, la morale a vécu pour les rédactrices d'Elle, l'époque se veut plus winner, internationolle, anglicisée, sexy, choux, tendance, apparente, cadre sup, brillante, échangiste; l'époque se veut surtout moins "prise de tête", vive le superficiel et léger.
Seconde critique, positive cette fois-ci, il est très plaisant de retrouver Sophie Marceau dans une comédie, on la sent rayonnante, joueuse, et quoi de mieux que de voir un acteur ou une actrice jouer, libérée ?

Troisième critique, mitigée sur la veste un peu trop large endossée par Dany Boon, sûrement plus à l'aise en son pays, malgré quelques trouvailles intéressantes et une sincérité assez évidente.

En conclusion, la comédie prête à sourire en quelques occasions, ne brille aucunement par sa finesse, et restera dans les annales, comme un film qui ne mérite absolument pas d'y rester, peut se consommer, mais reste fade.

mardi 13 janvier 2009

La tragédie d'un homme ridicule


Parmi les grands cinéastes italiens, on oublie parfois ceux qui sont encore vivants. Si Visconti, De Sica, Pasolini, Fellini, Antonioni, Ferreri, Risi, Bolognini, Rosselini nous ont quitté, Bertolluci* lui est toujours bien de notre monde, et il est intéressant de redécouvrir son oeuvre, et notamment celle qui nous est la moins connue. Nous évoquerons bien entendu un jour ses grands classiques que sont "le conformiste", "1900", "le dernier tango à Paris" ou encore "le dernier empereur", ou "un thé au Sahara", nous laisserons certainement plus volontiers de côté les "beauté volée" ou "Little Buddha", mais pour l'heure, attardons-nous sur une comédie, euh, une tragédie, celle d'un homme ridicule, Ugo Tognazzi. L'un des monstres, sacré [à Cannes pour ce rôle notamment] du cinéma italien, le monsieur de la chambre de l'évêque ou la tante de la cage aux folles, nous campe ici un personnage troublé, abasourdi, en proie à une remise en question complète de toute son existence. A ses côtés, une femme, Anouk Aimée, échappée de Fellini ou Lelouch (Un homme et une femme bien évidemment).
Tous deux entretiennent des relations bien différentes avec leur fils, esprit libre, contestataire, dans une Italie où le choc des générations se fait sentir, où la quête de sens plus que jamais resurgit. Ugo Tognazzi, maître fromager exploiteur, enrichi à force de travail, enrichi mais aussi endurçi, résigné, aigri. Son existence, qui dans sa prime jeunesse avait pu revêtir quelques habits idéologiques, est réduite à la plus nue expression du matérialisme, quand les sentiments vivotent. Le sens de l'humour perdu, le sens de l'amour égaré, le propriétaire entretient des relations conflictuelles avec son seul fils, fils à sa maman bien aimée.

Le film dissèque cette relation père-fils ambigue, comme le paysage politique italien, et nous dirige vers un trouble vertigineux: lors même que le fils envoie une lettre, et quelques présents adressés à son père, celui-ci, ragaillardi, assiste à une scène peu banale: le rapt de son fils après une course poursuite dont on pouvait penser qu'elle fut amicale.
Le décor est donné, l'intrigue trouvée ... Qui a kidnappé le fils ?
Film policier alors ....
A l'heure des brigades rouges, et au vu de l'engagement politique du fils du fromager ...
plutôt une critique sociale ?
Une relation homme-femme ambigue, la tragédie d'un homme que les gens délaissent ...
Un portrait psychologique ?
Une tragédie ?
Une comédie ?

Rien de tout ceci, ou plutôt un peu de tout ça ... L'enlèvement lui même sonne étonnant, ambigu.

L'intérêt est là, dans la confusion des genres, dans la confusion que les personnages, l'histoire, les situations suscitent au spectateur.

Au delà de cette interrogation dont vous trouverez peut être réponse (mais il est intéressant à la manière d'un bon Lynch de laisser l'interprétation choir en plusieurs hypothèses, sans plus de poids pour l'une ou l'autre), nous voyageons et redécouvrons les paysages verdoyants parmesans.

Un hommage à cette région quelque part ... hommage ou annonce de départ ... Bertolluci quitta l'Italie peu après.

Si vous nécessitez un dernier argument pour vous risquer à vous confondre, j'évoquerai le trio d' acteurs et actrices: Tognazzi, Aimée, Morante.




* parmi les rescapés citons encore Monicelli, Ettore Scola, les frères Taviani, Bellochio, Moretti, ...

jeudi 25 décembre 2008

Brûler après être en train de lire


Tout est dans le titre. Pour une fois.

Après le plastiquement réussi No country for old men, voici le nouveau fim des frères Coen, plus cohérent avec leur filmographie. Un film où l'on retrouve des Brad Pitt ou des Clooney.

On pourrait s'attarder, mais le film ne se prête que très peu à une critique formelle. Le film est léger, dans l'ensemble plutôt drôle, et surtout ridiculisant.

La galerie de portraits est assez sidérante, la volonté du récit ridicule trouve toute sa plénitude dans l'antagonisme du milieu choisi pour l'intrigue: la CIA.

Frivole et léger, un assez bon moment à passer.

... on ne peut pas toujours chroniquer des chefs d'oeuvre !

lundi 22 décembre 2008

Les plages d'Agnes


Je crie au prétexte ! Les plages d'Agnès, avec un tel titre on s'attend à voyager d'Acapulco à Tahoma Beach, en passant par Ipanema ou Long Bay Beach, à voguer d'Honolulu aux Seychelles en survolant les Philippines ou la côte d'Emeraude. Mais non, Miss Varda nous réserve son 5 à 7 à elle, pour nous conter, avec le talent que seules les personnes sages peuvent avoir, l'histoire de ses plages certes, mais avant tout l'histoire d'Agnès, l'histoire de ses films, l'histoire de ses amis, l'histoire des projets d'Agnès. Elle n'est plus toute jeune la seule réalisatrice de la nouvelle Vague, conseillée par son mari, Jacquot de Nantes Demi, aux producteurs d'A bout de Souffle, dans une lignée de films à petits budgets qui gagnent gros. Véritablement, nous sommes bercés, pris, scotchés par un récit posé, malin, construit et déconstruit tout à la fois, tout en humour et émotion. Une tendance à l'auto-mise en scène, qu'elle n'a jamais désavouée, et qu'elle nous explique encore dans la lecture de certains détails de ses films.

Ce film documentaire nous fascine comme rarement; Hugo disait "Quand je vous parle de moi je vous parle de vous", et nous ne pouvons que le constater ici. Agnès nous parle d'elle, mais cela nous parle; si l'on a vu ses films on s'en félicite, si l'on s'attache aux gens, si l'on met en avant l'amitié on se retrouve dans les amitiés d'Agnès, si l'on aime son quartier ses Daguerrotypes nous touchent, si l'on vient de perdre un proche, nous nous associons aux pertes des siens.

Exercice sur la mémoire, hymne à la conservation, hymne à la culture d'un univers personnel, éveil à l'art, invitation à forger son propre destin.

Varda est une mamie qui semble roublarde, vivante, son visage est resté intact, son corps s'est arrondi, le centre de gravité s'est abaissé; son esprit reste inventif et vif, emprunt de son humour tout personnel et souriant à la vie. Ses amis s'en félicitent et lui offrent la plus belle collection qui soit de balais, pour sa double quadragénie. Optimisme général ?

Pas nécessairement, et cela est sans doute le bémol à cette très belle oeuvre, sans en être véritablement un, Agnès nous donne l'impression d'être rescapée, mais aussi à l'heure du bilan.

Ce résumé sonne parfois testament, et Agnès de conclure:

"Je me souviens tant que je suis vivante.".

Conjurons avec elle et admirons ce très bon opus.


jeudi 18 décembre 2008

Le top de l'année

1 Valse avec Bachir
2 Stella
3 Entre les murs
4 Le silence de Lorna
5 Tokyo
6 La fille de Monaco
7 La belle personne
8 La frontière de l'aube - Le premier venu - Juno
9 Julia
10 Seraphine
11 Be happy
12 Desengagement
13 Two Lovers - Un Conte de noel
14 Deux jours à tuer
15 Française

Le top de l'année (Emilie)































Intervention Divine, d'Elia Suleiman

Elia Suleiman dans Intervention Divine.

Il est dit qu'Elia Suleiman est un des plus grands cinéastes de ce monde. C'est vrai.
Pourtant, il n'a fait que deux films -dont le 1er s'intitule Chronique d'une disparition (1996)- et aussi un moyen métrage : Cyber Palestine (2001).
Intervention divine (2002) "chronique d'amour et de douleur", sous fond de conflit israëlo- paslestinien, suffit à le faire entrer dans le Panthéon et connaître du monde entier. L'oeuvre est du genre marquante : on en garde à jamais des images imprimées dans le cerveau. Un père Noël poursuivit par une horde de jeune gens, une belle jeune femme (ah, Manal Khader !) dont le seul passage fait exploser un check-point, un duel par les yeux sur fond de Natacha Atlas, un noyau d'abricot jeté négligemment qui pulvérise un tank, un ballon rouge à l'effigie de Yasser Arafat narguant des soldats israéliens et survolant Jérusalem tout entier, une ninja girl symbole de la Palestine en combat surréaliste dans une des scènes d'action les plus impressionnantes de l'histoire du cinéma tout entier... sont autant de tableaux que l'on retient à jamais dans nos rétines éblouies. On a comparé Suleiman à Buster Keaton (car il joue aussi dans son oeuvre) pour son côté clown impassible. Nous le rapprocherions de Luis Bunuel des années 60-70 pour le côté politico-suréaliste. mais en définitive, son style est indescriptible et unique. Il faut le voir, tout simplement.
A l'occasion d'une projection inaugurant le Festival Travelling -qui fête là ses 20 ans et aura lieu à Rennes au mois de Février- nous avons eu le bonheur de revoir le film sur écran. Il fait partie de la programmation ayant pour thème la ville de Jérusalem. Fait exceptionnel le festival se poursuivra à Ramallah. Elia Suleiman, immense cinéaste donc, de nationalité palestinienne, sera, inchallah, présent à Travelling. Il monte actuellement et enfin son futur film à Nazareth. Si vous n'avez pas l'occasion d'être présent pour Travelling, n'hésitez pas à vous procurer le DVD d'Intervention Divine, et, pour vous donner un avant goût, voici la bande-annonce.


Travelling la programmation se dévoile déjà ...

Avant première au Tambour ce soir ...
Roulement de tambour ... le rideau s'ouvre avec Elia Suleiman, Intervention divine; allégorique.
Zoom panoramique sur Jerusalem pour cette vingtième.
Mais gardons le voile sur la programmation, nous vous la ferons découvrir progressivement ...
Amos Gitai, Elia Suleiman, Valse avec Bachir, Pasolini, les Monthy Python, Scorcese, les frères lumières ...
Comme à son habitude Travelling nous fera faire le tour de la ville, nous la fera découvrir sous ces différents jours, sous ces différentes nuits, et plus que jamais selon tous les points de vue (ici pas de guerre, Palestiniens et Israeliens sont diffusés côte à côte), de 1897 à nos jours.
Gageons d'ores et déjà que cette vingtième ne nous décevra pas.

dimanche 14 décembre 2008

Le top 10 de l'année (Fred)

Je ne mets que les films que j'ai pu voir ...

1 Stella de S. Verheyde
2 Entre les murs de L. Cantet
3 Valse avec Bachir de A. Folman
4 Le silence de Lorna des frères Dardenne
5 Juno de J Reitman
6 Julia d'E. Zoncka
7 Séraphine de M. Provost
8 Be happy de M. Leigh
9 Désengagement d'A. Gitai
10 Le premier venu de J. Doillon

Si on devait continuer ...

11 Tokyo de M. Gondry, L. Carax, B. Joon-Ho
12 Deux jours à tuer de J. Becker
13 Un conte Noel

Mention à suivre: Hunger

vendredi 12 décembre 2008

Leonora, le cinéma argentin déçoit

Leonara
Leonora, un film présenté à Cannes, avec Elie Medeiros, toi toi mon touawoua, Martina Gusman compagne dans la vie de Pablo Trapero, réalisateur, produit par Walter Salles. Ce billet sera court. Ce film a reçu dans l'ensemble de bonnes critiques, et en mérite donc quelques unes d'avis contraire.
Si le sujet pouvait se prêter à un bel exercice cinématographique, ici, l'essai est plutôt manqué, faute à un rythme non trouvé, à une déperdition, à une temporalité mal maîtrisée, La cienaga sans moiteur, sans érotisme, Hunger sans âpreté, sans force, Elie sans Jacno, jouets bien odorants, Pablo Pas Trop Picasso.
Un film nu, aile perdue.
Non j'exagère, un film tout simplement quelconque, assez creux.



Allez bisou quand meme ...Elie et Martina embrassent Pablo

mercredi 10 décembre 2008

DVD Roselyne et les lions

Le cinéma de Beineix
Beineix, 37°2 le matin, IP5, vous connaissez quasi obligatoirement, de nom au minimum. Beatrice Dalle, Jean-Hughes Anglade d'un côté , Yves Montand de l'autre pour deux excellents films qui lui ont valu succès. Vous connaissez peut être aussi Diva ou la lune dans le caniveau. Mais Jean-Jacques Beineix est pourtant rarement cité comme un grand cinéaste français, la faute à l'époque transitoire qui voyait Besson triompher de ses Nikita et autres Subway, précurseur des Kassovitz.

Beineix plane, on garde de lui l'image d'un cinéaste irrévérencieux, inégal, adepte des récits tout en longueur. Aujourd'hui monsieur se consacre principalement à la production. Et pourtant ...



En puisant dans sa cinématographie injustement oubliée, il y a pourtant matière à se réjouir. Nous sommes en 1989, entre 37°2 et IP5. La Diva de Jean-Jacques Goldman, Carol Fredericks, nous entonne un air patriotique, remixé façon zoo, pour entamer le show, l'entrée des lions dans l'arène. Au milieu, Isabelle Pasco, égérie toute trouvée d'un jeune apprenti dompteur, inadapté aux raideurs, aux rigidités du système scolaire, sans pour autant être un incapable; image tout à la fois de Beinex jeune, du véritable personnage ayant inspiré ce film: Thierry Le Portier mais aussi reflet troublant d'un acteur méconnu, qui rappelle par certains airs un Dominique de Villepin (Gérard Sandoz) imaginaire. Rassurez-vous Isabelle Pasco campe une Roselyne autrement plus sensuelle que notre actuelle ministre de la santé et du sport.

La critique fut féroce à l'époque, comme un lion en cage, en chaleur. Seul un dompteur d'excellence peut appréhender la bête. Le film, dans sa version intégrale évoque tour à tour des sujets aussi divers que l'éducation [encore et toujours le conseil de discipline], le courage, l'amour, la volonté, la féérie, le cirque, les rapports fraternels, la prise de conscience de son destin, la magie du spectacle, le non fondé des a priori, et présente une mise en abîme intéressante; monsieur le professeur d'anglais, oh combien singulier et réjouissant Bracquart (Philippe Clévenot) se plaît à compter les aventures du jeune Thierry et de sa muse Roselyne, comme Thierry Le Portier avait lui même inspiré ce film à Beineix. Humeur, humour, amour, cocktail permanent pour émouvoir en permanence dans un récit suant la sincérité, l'intelligence, l'humanisme même. Très authentique. Film injustement oublié.



mercredi 3 décembre 2008

Hunger: Affamé

hunger
Steve Mc Queen, cela vous dit-il quelque chose ? Papillon peut être ?
L'univers carcéral ... en deux temps deux mouvements.
L'erreur judiciaire et les conditions inhumaines du bagne, les châtiments qui y sont appliqués, tout d'abord.
Oui, on peut dire cela.
L'aventure, et les spectaculaires évasions dans un second temps.
Non,
Cayenne ?
Non prison de Maze, Irlande du Nord.
Acteur américain. Non, réalisateur irlandais.
Le comparaison n'est en fait motivée que par la seule homonymie, car pour le reste, papillon et hunger ne se ressemblent pas vraiment, ni n'ont d'intérêt à être catalogués dans les même bacs, si ce n'est ceux des films plutôt réussis.

La critique ne tarit pas d'éloges (prix à Cannes notamment) sur ce "Hunger", âpre, dur, violent même, cru, au propos politique dénonciateur, épuré. Impressionnant, radical, mais d'une façon très différente de la radicalité d'un conteur, tel Von Trier, non là nous sommes devant un effacement du conte devant la réalité, celle des années tatchériennes, et de la politique sans compromis vis à vis des opposants politiques, pro IRA. Mc Queen fait preuve d'un réel don pour captiver, pour filmer l'indicible; s'il préfère bien souvent montrer plutôt que suggérer, il joue d'indices de ci de là pour tramer davantage. Nulle musique nécessaire, les cris d'horreur suffisent.


hunger horreur
Radical et jusqu'au boutiste comme il faut l'être pour entamer une grève de l'hygiène de des couvertures, de la faim, pour mener un combat idéologique. On devine une grande exigence, et l'on apprend que le moindre détail à compter, jusqu'à la luminosité du jour et de l'heure de tournage.
A découvrir en tout cas, pour la force qui s'en dégage, et nous attendrons le prochain film de Steve Mc Queen pour savoir si, comme pour ce premier essai, au registre très particulier, à la qualité indéniable, il parvient à maintenir ce niveau d'exigence dans un contexte autre, ou si au contraire il va se spécialiser dans les dénonciations sociales.