vendredi 27 février 2009

Bellamy, bon Chabrol !

Depardieu-Cornillac : aime ton frère

Vous ne savez pas voir, nous dit Chabrol. Ce qu'on voit d'abord c'est le volume d'un Depardieu qui n'a jamais été aussi imposant physiquement mais aussi son talent tout en nuances et sensibilité. Certes, on l'avait vu très impressionnant dans Mesrine notamment, mais cela faisait longtemps qu'il n'avait pas tenu un film entier de ses épaules. On retrouve ici ce charisme qui est le sien depuis quelques années, propre aux personnages qui ont de la bouteille -sans mauvais jeu de mots.
En effet, que ce soit dans 36 quai des Orfèvres, Mesrine, Diamant 13, il possède désormais une aura analogue à celle de Gabin dans des rôles de flic ou de voyou.
Il sera flic, commissaire célèbre plus précisément, dans ce beau portrait qu'est Bellamy. Depardieu qui a tourné avec les maîtres Ferreri, Pialat, Godard ou Truffaut, n'avait étrangement jamais travaillé avec le dernier survivant de la Nouvelle Vague.

Chacha et Gérard s'éclatent sur le tournage

Le voici donc en commissaire Bellamy, un type en vacances et fou amoureux de sa femme, un homme apparemment heureux qui verra un auto-désigné coupable (Jacques Gamblin) se présenter à lui et aussi son jeune demi frère (Clovis Cornillac) débarquer dans sa maison de vacances Nîmoise.
Un pur Chabrol en ceci : bourgeoisie de province, bonne bouffe, musique de Chabrol fils. Et une nouvelle jolie jeune première. Après Virginie Ledoyen, Anna Mouglais, Mélanie Doutey, Laura Smet, c'est Vahina Giocante qui s'y colle. Une actrice qu'on aimerait cependant voir dans d'autres rôles que celui de la jeune femme sexy et plate -sans oxymore.

L'intrigue policière s'avère rapidement dérisoire, avec un Jacques Gamblin qui en fait des tonnes dans un -un seul ?- personnage analogue à celui que tenait Magimel dans La fille coupée en deux. Chacha -car c'est son sobriquet- s'est mis aux personnages grimés de type La môme ou Mesrine. Les maquillages sont bien faits mais gênent, surtout dans un univers aussi réaliste.
L'intrigue sentimentale, celle des rapports entre Bellamy et sa femme, mais surtout son frère, prend à la gorge. Le face à face des deux frères n'est pas sans rappeler les rapports que l'on prêtait aux Depardieu père-fils. Avec de très beau plans, aussi beaux que celui de la goutte de sang dans Le Boucher. Des images qui restent en tête. Et une fin inattendue, un twist qui nous dévoile un abîme psychologique et dramatique qui nous serre la gorge au point d'en pleurer. Oui.





Les Noces Rebelles de Sam Mendes


Le retour du couple mythique qui avait fait se déplacer des foules -de midinettes, mais pas seulement- pour Titanic.
On les retrouve donc dans cette histoire de couple coincé dans une ambiance Deperates houswifes version 50's. Un sujet cher au réalisateur Sam Mendes qui avait déjà traité un sujet accointant -le blues du lotissement avec le très bon American Beauty.
Ce film est d'ailleurs à recommander à toutes les midinettes -ou midinous- rêvant de mariage, de jolies maisons et de bébés... parce qu'elle -ou ils- prendront un violent coup dans leur rêve.
Franck Weeler (Leonardo Dicaprio) un rebelle sans cause, qui, après sa rencontre avec April, (Kate Winslet) comédienne, devient un simple employée de bureau tandis que sa belle devient une simple femme au foyer. Le tableau s'esquisse rapidement, pas rose, plongeant le spectateur dans une sorte d'étouffement et d'ennui voulu (un peu à la manière de la première partie de Lady Chatterley).
Ce couple pourtant, se voulait et se croyait différent. Ils projettent le projet -reprouvé par leur entourage- de partir vivre une autre vie à Paris, une vie différente, une vie d'ambition.
Kate Winstlet, belle, se livre à une vraie performance sous la direction de son mari (Mendes). Di Caprio, physique de vieil adolescent, fulmine dans un personnage peu sympathique. La sublime lumière dorée de la première partie laisse place à une image crue qui nous laisse chus, un goût amer à la bouche.

mardi 24 février 2009

On a hâte de voir... La Journée de la jupe

On ne va pas parler de "retour", comme il est d'usage de le faire abusivement depuis un certain temps à chaque fois que Mickey Rourke, et encore plus Isabelle Adjani, fait un film.
Le film sera diffusé sur Arte le 20 Mars prochain, à l'instar de l'excellent La Belle Personne de Christophe Honoré, avant de sortir au cinéma le 25 du même mois.
A préciser qu'il est de Jean Paul Lilienfeld, connu pour un film d'un tout autre genre : Quatre garçons plein d'avenir.


mercredi 18 février 2009

Ricky de François Ozon


Katie (Alexandra Lamy), une ouvrière maman célibataire d'une petite fille rencontre Paco (Sergi Lopez). Elle aura bientôt un bébé, dont le prénom a été choisi par la petite fille : Ricky. Mais Ricky n'est pas un enfant comme les autres...
Le film commence comme une chronique sociale réaliste de type anglaise pour basculer vers le fantastique. Au tout début de la découverte de la "différence" de Ricky, il y a une ambiance très Cronenberg qui s'émousse assez rapidement.
Nous ne dévoilerons pas ce qu'est ou plutôt ce qu'a Ricky et conseillons aux spectateurs qui veulent voir le film de ne pas du tout se documenter -et donc de ne pas voir la bande annonce- pour ne pas gâcher complètement leur perception du film.
L'image est impeccable, les plans aussi, et on reconnait, en quelques minutes, la patte d'Ozon et son caractère indubitable de grand cinéaste. Ricky n'est cependant pas son meilleur film, loin de là. Ce qui aurait pu donner un Rosemary's baby, ou du moins un film bousculant, bascule dans la mièvrerie et l'invraisamblance. Pourtant tout les acteurs sont formidablement bien dirigés (Arthur Peyret, le bébé, compris). Les effets visuels sont impressionants. Et Alexandra Lamy trouve enfin un grand rôle digne d'elle au cinéma dans cette femme un peu frustre et blessée par la vie. D'ailleurs le film vaudrait de n'être vue que pour elle. Ozon est amoureux de ses actrices, sait croire en elles et les montrer sous un jour totalement inédit et révélateur. Mais le film en lui même manque sa cible : trop ouvert, sans aucune piste d'explications, plein d'invraisemblances psychologiques, parfois au bord du ridicule. On ne sait quel sens lui donner, au point d'y accoler toutes les métaphores et les sens les plus poussifs, de ceux auquels le cinéaste n'aurait même pas pensés. Du coup on sort frustré et un peu perplexe de la scéance. Dommage.

dimanche 8 février 2009

Travelling Jérusalem: les prix

Pas de prix public cette année, ça jazze dans les ménages ...
M'enfin,
les différents jurys se sont concertés et ont décerné les différents prix;
dans la catégorie Junior, 2 court métrages ont été primés,
"Tôt ou Tard" de Jawiga Kowalska, un conte sympathique à défaut d'être visuellement transcendant,
et "Varmints" de Marc Craste, au visuel très intéressant, mais d'un ennui profond.
Les courts métrages francophones suivants ont été primés:
"Andante Mezzo forte" de Annarita Zambrano, "Forbach" (nous avons effectivement émis un avis plutôt positif sur ces films), "Dix" de Bif (là nous n'étions pas convaincu);
Le prix le plus prestigieux est revenu, à très juste titre, à "Les paradis perdus" de Hélier Cisterne, un film surprenant et non sans intérêt.

Travelling Jérusalem : plus que trois jours !


Encore trois jours (dimanche compris) pour profiter du festival Travelling Jérusalem à Rennes.

A voir ou revoir dans le registre déjà connu : l'incontournable "La Vie de Brian" des Monthy Pythons (peut être le film le plus drôle de toute l'histoire du cinéma"), "La dernière tentation du Christ" de Scorsese, les chefs d'oeuvre "Intervention divine" (Elia Suleiman) et "Valse avec Bachir" (Ari Folman), mais aussi "Les citronniers" de Eran Riklis, "La visite de la fanfare" d'Eran Kolirin...

A découvrir abslument (coups de coeur de la rédaction et des festivaliers) : "Le mariage de Rana", "Noces en Galilée"...

Mention spéciale à "Slingshot hip hop", un documentaire punchy mais aussi poignant sur des jeunes rappeurs palestiniens -une façon nouvelle de découvrir le peuple palestinien et tout particulièrement sa jeunesse.

Autre documentaire sur la jeunesse palestinienne, mais en camp de réfugiés au Liban : "Chacun sa Palestine" de Nadine Naous -que nous avons eu le plaisir de rencontrer.

Sans oublier les avant-premières : "Z 32", "Children of the sun", "Puzzled Jérusalem", "Fragments Jérusalem".

Et n'oubliez pas de découvrir le jeune cinéma palestinien dans les séances qui lui sont spécialement dévolues...

samedi 7 février 2009

Travelling nous avons vu aussi ...


"Quelqu'un avec qui courir" était projeté en ouverture. Le choix était très bon. Ce film étonne, amuse, émeut, à la façon de Juno, on s'attache à des sujets difficiles et l'adolescente nous étonne de son charme et de sa générosité, tandis que le grand dadet à sa recherche, fait preuve d'une volonté à toute épreuve, bravant les dangers et le ridicule avec une foi indéniable. Les personnages sont habités, ont la foi en leurs actes; la trame scénaristique, même si elle laisse place à quelques invraisemblances, est assez déroutante, riche. Le ton est juste, les musiques touchantes. Un très agréable moment de cinéma, divertissant.

Slingshot Hip Hop présente aussi un intérêt musical notoire, cette fois nous suivons les rappeurs Palestiniens, en Cisjordanie, DAM (qui était passés aux transmusicales en 2006) ou à Gaza. Pamphlet politique, véritable rôle de l'art, le rap et le cinéma au service d'une cause, plus intelligent que les bombes non ?
Le documentaire est tout simplement bien fait et intéressant, la réalisatrice qui vit aux Etats-Unis nous a conté toutes les difficultés à monter ce film, financières, mais aussi à cause des autorités Israeliennes.


Travelling Jérusalem: nous avons vu

Comme vous, nous profitons de Travelling autant que possible. Il est difficile de consacrer un encarts à chaque film, mais tâchons ici de restituer nos quelques impressions.
Parmi les indispensables, citons "Valse avec Bachir", Kadosh, "L'Evangile selon Saint Mathieu", "La dernière tentation du Christ", "Intervention Divine".
Notre impression est bonne dans l'ensemble, mais le sujet étant si ambitieux, le cinéma ne devient pas le seul thème, les thèmes politiques et religieux ont tendance à prendre le dessus, et les documentaires à prendre le pas sur les films. Nous regrettons, d'un point de vu uniquement cinématographique, que notre réflexion soit à ce point dirigé, mais les choses pourraient-elles être différentes ? N'est-ce pas la preuve du rôle des cinéastes dans la société ?
Commençons par Amos Gitai, dont le dernier film télévisé nous a déçu après l'excellent Désengagement. Nous avons vu "Kadosh", "Berlin Jérusalem", et "News from House". "Kadosh" est le plus séduisant, sans contexte un excellent film, qui montre l'intégrisme religieux et le quotidien de deux soeurs. Un thème que l'on retrouve dans "La Petite Jérusalem".
"News from House", est un documentaire intéressant qui vaut le coup d'oeil. Mais sur ce même sujet des colonies Juives, d'autres films programmés ont plus de retentissement. Il donne suite à la Maison, que nous supposons un documentaire fort intéressant.
Continuons avec Elia Suleyman, dont nous avons déjà conté la magie d'"Intervention Divine" ... "Chronique d'une disparition" est burlesque, annonciateur, un film de mime. Intéressant, mais pas autant qu'"Intervention Divine".
"Ici et ailleurs" est une expérimentation Godardienne, qui résonne en nos têtes; exercice didactique, un peu tiré par les cheveux, il n'en reste que les réflexions du monsieur, si elles nous égarent en bien des points, touchent parfois à la grâce. Comprendre le conflit, c'est comprendre que l'on parle trop fort, que l'on parle trop, et que l'on ne s'entend donc pas*. Le rapport à l'image et aux médias est interrogé de l'intérieur.

* "Chronique d'une disparition" s'amuse aussi à ridiculiser les frenchos intellos qui ont tout compris et s'en expliquent avec une distanciation arrogante, ridicule, inadaptée ...

"Route 181" est poignant, incroyablement vrai, le cinéma n'aurait pas pu prévoir les vrais dialogues, quand la réalité dépasse la fiction. Un film documentaire de 4 h 30 assez indispensable.
"Noces en Galilée" nous a été coupé, mais la première bobine est rafraîchissante, l'humour intéressant, le ton optimiste. un très bon film palestinien.

"La Vie de Brian" ne nous était pas inconnu, mais le comique des situations et la touch British des Monthy Pythons est un comme un plat préféré, on consomme sans réserve !

"Les méduses", malgré les prix qu'il a reçus, nous a plutôt déçu, somme toute assez commun.

"Trois jours et un enfant" sonne nouvelle vague, et nous réjouis. On le classerait sans aucun problème comme un bon cru de la nouvelle vague, on suit les errements d'un personnage masculin étrange; entre rêve, quotidien et nostalgie, avec beaucoup d'espiègleries. Frais et sympathique. Un film assez intemporel.

Côté Compétitions, nous avons vu la sélection numéro un, qui présente des courts métrages assez inégaux. "Forbach", et "Andante Mezzo Forte" se détachent, par une sensibilité intéressante. Un petit quelque chose. "Anima" déçoit, et "Ma Sixtine" ne convainc guère.

A suivre ...

vendredi 6 février 2009

Travelling Jérusalem: Mode d'emploi

Nous y sommes. Travelling 20 ème bat son plein. Vous pouvez en profiter dans les différentes salles participantes jusqu'au 10 Février:
L'auditorium du Tambour, Le Ciné TNB qui redevient le lieu névralgique du festival, le cinéma Gaumont, L'Arvor, pour les lieux principaux Rennais. Pour Travelling Junior, direction Lillico. Pour boire un thé à la menthe ou grignoter un mezze en regardant une expo photo, direction rue le Bastard, au centre de l'Urbanisme. Autres lieux: la péniche spectacle, mais aussi les cinémas environnants que sont le Sévigné à Cesson, le Foyer à Acigné, le Triskell à Betton, l'Espérance à Chartres, ou le Grand Logis à Bruz. Et pous les night-clubbers, les noctambules, l'UBU se met au Diapason. Ah oui, Rennes 1 suit Rennes 2, le Diapason est aussi un lieu de diffusion du festival !
Alors Travelling comment ça marche, ou Travelling pour les nuls ... en quelques mots, un évènement cinématographique de première importance, à ne louper sous aucun prétexte !
Le thème est choisi d'année en année, destination une ville. Alger, Buenos Aires, Tokyo, Londres, Marseille, Lisbonne, Le Caire, Helsinky, Lisbonne, par exemple ont précédé Jérusalem.
En parallèle, un festival, qui décerne des prix à des courts-métrages (un peu plus loin en arrière, le festival donnait lieu à une compétition de long métrage, Requiem for a dream par exemple y fut sélectionné), en parallèle encore une programmation pour Tous, Travelling Junior, qui réserve aussi quelques pépites.
Une programmation riche, qui doit avoir un rapport avec la Ville et non le pays, et qui permet de tout aussi bien revoir des grands classiques, découvrir ou redécouvrir les grands noms du cinéma du pays, découvrir des horizons nouveaux, se risquer à des expériences de cinéma nouvelles, ou encore rencontrer des gens.
Le tout est orchestré par l'association Clair Obscur, et je ne peux que vous inciter à consulter le site officiel du festival.
Un outil assez indispensable, la grille de programmation, disponible au TNB notamment (ou supplément Ouest France), un souvenir qui vaut le coup, le guide officiel, petit fasicule d'environ 200 pages qui vous dira tout sur le festival.
La programmation se décline en 55 films, tournés entre 1897 et 2008, propose 2 cartes Blanches à Hussam Hindi, ancien directeur du festival (et Palestinien d'origine), et à Yael Fogiel, productrice. Six réalisateurs Palestiniens sont invités, six réalisateurs Palestiniens, plus un anglo-israelien. Nous regretterons juste l'absence de Gitai et Suleyman.

dimanche 1 février 2009

Lui a t on pardonné ? Lui pardonnera-ton ?


Visiblement oui, car les producteurs lui ont donné une deuxième chance. La famille peut être un peu moins, les névroses exposées étaient quelque peu impudiques, et la vision pas forcément partagée. Oui mais c'est du cinéma vous répondra-t-elle !

Changeons de famille, alors, quittons la petite famille pour la grande, celle du cinéma, et des actrices, et dansons ensemble, le temps de quelques chansons bollywoodiées, sur des airs de Nina Morato que l'on avait pu laissée à "Maman, Maman" dans les 90, à Biolay que l'on avait apprécié en barman plus qu'en fils spirituel de Gainsbourg (Stella), à Mister Starr, Didier Morville lui même, que l'on apprécie ici en papa poule responsable, au phrasé surprenant, sympathique, dans un contre-emploi affiché vis à vis du gansta dealer, image plus souvent véhiculée dans les milieux ronronnants.

Nous sommes conviés cette fois-ci, non plus à une grande messe, à un grand débalage public, à un festen glacé et accusateur, pour lequel Maiwenn (Le Besco) s'excusait dans le titre même, [Pardonnez-moi son premier film] mais à un grand bal des névroses des actrices.

Transposition de celles de Maiwenn sur la profession toute entière, psycho-thérapie en progression dirons les plus mauvaises langues médicales, acidité cruelle, dirons les spectateurs moins distanciés de cette galerie de portraits féminins, aiguisés, railleurs, tendres parfois cependant. Le parti-pris est d'en rire, jaune plutôt. Le vrai doit se camoufler dans le faux, le faux doit adoucir le vrai, et réciproquement.

Alors, le bal commence avec Karine Viard, qui nous apparaît remplaçante, en star aux ambitions internationales, convie Muriel Robin à s'engueuler comme du poisson pourri avec Jacques Weber, Marina Fois à se prendre une veste dont elle ne décolère pas, Charlotte Rampling à se demander ce qu'elle fait dans le film, histoire vraie, si ce n'est à confronter la vision noble, apaisée à la rage des textes et de la musique de Joey Starr, Romane Bohringer à vanter les vertus de produits commerciaux, correctement rémunéré cependant pour une prestation ordinairement dévolue à une "has-been". Le bal vous invitera aussi furtivement en Inde auprès de Mélanie Doutey, vous rappelera au souvenir de Christine Boisson, en prof de théâtre "classique" en proie aux critiques d'une Karol Rocher (Stella) enragée, qui casse la distance, brise la glace des vanités de la profession, évertuée à rendre intelligible, à théoriser à outrance, à se prendre la tête, à en friser le ridicule pour qui ne souhaite cautionner cette fuite gargarisante qui se joue des critiques esthètes. Le bal vous rappelera le César de Linh Dan Pham, vous surprendra de la passion pour le jardinage de Julie Depardieu, comprendra Jeanne Balibar ou encore vous évoquera la filmographie monumentale d'Estelle Lefébure.

Le bal convie des actrices débutantes, en pleine gloire, has-been, en devenir, bien rangées, oubliées. L'entreprise rappelle bien évidemment celle de Bertrand Blier, et ses acteurs.

Mise en abîme permanente, la caméra filme Maiwen en train de filmer des actrices filmées par la caméra de Bertrand Blier. Cette scène et les autres, montées, constituent "le bal des actrices".

A en faire pleurer plus d'une actrice.

Si la place qui leur est réservée est assez congrue, les acteurs sont intéressants, à commencer par Joey Star, dont les capacités comiques transpirent, à en tenir le film. Yvan Attal, Jacques Weber, Pascal Gregorry complètent le casting achalandé.

Le film ne s'avère pas aussi dérangeant que "pardonnez-moi", fait sourire dans l'ensemble, ne semble pas indispensable, n'interroge ni ne séduit plus que cela à première vue, mais cependant, si l'on vient à y réfléchir avec recul, un effet étrange peut se produire qui vous pousse à finalement conseiller ce film sans réserve, même à celles (et peut être plus encore) que l'affiche aura choqué, public visé, au sens propre, très certainement.

vendredi 23 janvier 2009

LOL

Vous êtes vous déjà demandé ce que pourrait donner la Boum 15, sur facebook ? A mon avis, rien du tout, lol !

Inintéressant au possible, vulgaire, creux, voici les trois adjectifs qui me semblent convenir le mieux à cette comédie qui est loin de retrouver la qualité d'écriture du hui-clos « Comme t'y es belle » de la même auteur.

Sophie Marceau n'y rayonne pas, son rôle semble parfois secondaire; le quotidien de son personnage ne nous amène pas à la rêverie ... La boum 15, S. Marceau remplace désormais Brigitte Fossey, Françoise Fabian serait la fille de Denise Grey.

Les pérégrinations adolescentes, les amours et potacheries nous évoquent plus « Les sous-doués », ou « Profs » auxquels on enlèverait l'intérêt; les quelques gags qui parmi d'autres médiocres parviennent à nous faire rire et passer un moment décomplexant.

Le film sonne bourgeois, et ne rechigne sur aucun cliché, à en être insultant : le succès du film en Angleterre est compromis, les gendarmes en prennent pour leur grade, surtout ceux qui n'en ont pas.

Assez consternant, en aucun cas un hymne à l'intelligence. Se lancer dans une comédie présente toujours un risque, celui de ne pas atteindre son but, faire rire; et de laisser cet arrière goût creux. Certains apprécieront peut être les lieux communs sur les comportements hétérosexuels libérés en parole (moins on en parle ...), les remarques sur les strings, capotes, pétards et autres sites web pornographiques, les SMS vidés de toute littérature (notons ici le réalisme), l'effet groupie autour d'un air pop-rock fusion de Take That et les BB brunes, ou encore les amourettes adolescentes tout en passions aussi soudaines qu'éphémères et anodines (on peut effectivement y trouver un plaisir comparable à celui que l'on peut connaît à voir le film de Pinoteau, un attachement à la petite et à ses travers sentimentaux).

D'autres préféreront s'abstenir. Allez un autographe tout de même.

Millionnaire des bidonvilles


Bombay devenu Mumbaï, cœur de Bollywood. Théâtre coloré pour qui veut voir au travers de la poussière des pots d'échappement et des travaux de la ville, théâtre animé où vous rencontrerez nababs comme lépreux, vaches sacrées comme chiens errants, musulmans, hindous et juifs, végétariens, végétaliens, ominivores, théâtre sulfureux de prises d'otages récentes, dans l'un des plus beaux hôtels de la ville et de l'Inde toute entière, la Taj Mahal. Les luxueux complexes côtoient les bidonvilles, tendent parfois à les remplacer, à les déplacer. Peu de places pour les édifices historiques, un bref passé colonial, symbolisé par cette gare Victoria, joyau touristique au même titre que Chowpatty Beach, l'anneau d'argent. Ville contrastée s'il en faut, vivante et charismatique, surchargée, étouffante, à l'atmosphère âpre, qui a inspiré Danny Boyle, monsieur "petits meurtres en amis", très British cosy, monsieur "Trainspotting", très British défonce, monsieur "La plage", très British en vacances, ou plus récemment monsieur "28 jours plus tard", très British Zombie.
Voici donc monsieur lorgnant cette fois si sur le passé colonial, dans un voyage auquel il nous convie; voyage visuel qui se veut rythmé telle l'agitée Mumbaï; course poursuite à travers les bidons et autres saris multicolores séchants. Voyage cadencé par la culture de Jamal Malik, enfant des bidonvilles, qui s'apprête à affronter son destin, devenir millionnaire, sans juste milieu, accéder à la gloire, vaincre les sarcasmes que sa condition lui a réservés, et lui réserve encore dans cette épreuve télévisée. Destin à laquelle l'Inde entière se raccroche.
Si Ewan Mc Gregor valait assurément mieux que Leonardo Di Caprio, le casting ici ne ronfle pas de noms tapageurs, pour nous autres élevés à l'hollywood chewing-gum, mais les fans de Bollywood y reconnaitrons quelques stars de là-bas, même si la star adulée Shar Ruk Khan n'a pu répondre présent. Ce parti pris a sûrement permis à Danny Boyle de retrouver son inventivité, sa vivacité d'esprit, sa capacité filmique à transfigurer, à sublimer les évènements; à les intensifier. Les couleurs, mais aussi les sons nous parviennent, la bande originale, osmose des sons indo-européens actuels nous rappelle que Trainspotting bénéficiait aussi d'un choix discographique de grande qualité, et le parallèle ne s'arrête certainement pas là. Le ton libre, la trame narrative annoncée certes, mais tenue, le rythme surtout, effréné, retrouvé dirons-nous, soutiennent la comparaison. Cette fois, la recette est cependant légèrement différente, l'humour n'est pas aussi présent, le film n'est pas nécessairement un film époque, tendance, choc; non, ici il fleure un air de fable, disons même de contes de fées, une fascination pour le destin et son écriture, une moralité bien présente, qui se comportera bien sera récompensé, une influence cinématographique évidemment empruntée, respectueuse, des dogmes Bollywoodiens.
En bien des moments, et pas seulement lors du générique final belle hommage, la référence se fait entendre, voir.
Voilà bien un film en tout cas dont le synopsis peut nous induire en erreur, voilà bien un film divertissant, voilà un film adage: « la culture se construit, se vit; la vie est culture ».

Louise Michel

Yolande Moreau nous avait impressionné en tant qu'actrice très récemment par son interprétation de Séraphine, tout en émotion, nous ne pensions pas la retrouver de ci-tôt dans l'univers de ses débuts, celui de Deschamps et Makeief, où les bonnes gens s'en donnent à cœur joie de remarques plus burlesques les unes que les autres, quand la bêtise est observée avec complaisance, voire tendresse, dans un petit village picard, en proie à un misérabilisme social ambiant. Ambiance Deschiens, quelque peu. Contons davantage, vous verrez, d'autres composantes s'adjoignent: Jean-Pierre pour pouvoir trouver du travail à sa sortie de prison se résout à changer de sexe, nouveau nom, Louise, direction l'usine de couture, premier fournisseur d'emploi de la région. De nombreuses amies, toutes sous-diplômées, des conditions de travail lamentables, un patron crapuleux, un responsable RH qui touche sa prime sur les salaires des employées, et qui s'adonne à quelques vices bien troublants, à en fermer ses trous de serrures, une galerie d'écervelés à faire peur, une lourdeur sociale omniprésente, ce tableau nous convie à un bal de délirants.

Geste humain de l'entreprise envers ses ouvrières, Françis Kuntz dans un habit de tortionnaire dont il se délecte depuis quelques années (direction Groland), dans un discours tout ce qu'il y a de plus minable, rappelant aux ouvrières leurs luttes passées, rappelle la grande générosité du patron de l'entreprise : nouvelle blouse pour toutes. Pilule amère ou signe d'amélioration qui donne lieu à détente, beuverie dans la bourgade, tourne au beauf ultime. La nuit passe, l'usine rouvre, les moyens de production ont disparu.

Le combat social doit commencer, et si l'hypothèse Full-Monty ou Fédération Francaise de Rugby est bien évoquée, l'idée de poser nue ou d'ouvrir une pizzéria ne rivalise pas avec la proposition de Louise, butter le patron par un professionnel, et quel professionnel ! Cathie se nomme aujourd'hui Michel après une transformation qui permet à son physique ingrat de trouver une résonance plus virile, qui lui ouvre les portes du métier d'agent de sécurité. Michel, donc, vit dans une misère assez ultime, et se rassure en s'inventant une vie de combattant du chemin des dames, ou compagnon d'Oswald.

Ce décor est bien celui qui est cher à Délépine et De Kervern, trublions de Canal Plus, et s'éloigne cette fois-ci un peu du sérieux d'Altraa ou Avida, sans pour autant tomber dans la niaiserie embourbée de Mickael Kael contre la World News Compagnie: nous versons dans le trash, sans limite, excessif à souhait; tous les interdits sont mis en scène avec beaucoup de plaisir.

Nous lorgnons bien évidemment par cet humour noir du coté du « C'est arrivé près de chez vous » de Poelvoorde et de ses amis belges, ou encore de « Bernie » de Dupontel.

Ces derniers sont au casting; tout comme d'autres amateurs du genre, le longiligne Christophe Salengro qui quitte ici sa présipauté pour arborer un seyant string ; si Gerflor refaisait des dalles il en irait de ses célébrissimes « Et hop », tandis que que Philippe Katerine se souvient de ses premiers tubes irrévérencieux, et entonne son « Jésus Christ mon amour » dans un de ses lieux glauques qui ont remplacé les maisons closes, autour d'une barre de gogo danseuses.

Le producteur du film lui même apparaît au casting, en bourgeois reconverti en écolo jusqu'au boutiste, pathétique, qui nous font, heureusement, oublier son dernier Babylon A.D. Ici Kassovitz ne semble pas franchement avoir la haine.

Ce film dérange du début à la fin (quelle introduction morbide !), c'est son but, et selon votre réceptivité, vous serez choqué et retourné, pris de malaises, ou bien vous vous plierez de rire à de nombreuses occasions, et parfois des plus simples.

En compétition à Sundance, le film en tout cas n'a que peu de chances de laisser insensible. Affreux, sales et méchants ...


Louise Michel à qui Jean Yanne rétorquait :"rouvrez les maisons".

mercredi 14 janvier 2009

De l'autre côté du plumard


Alice au pays des merveilles, le monde merveilleux de l'imaginaire, symbolisé par l'affront aux règles géométriques, le passage au travers des dimensions ...
Procédé introductif ici douteux, mais introductif, car de l'autre côté du lit, titre évocateur de mystères s'il en est (mais que se cache-t-il donc de l'autre côt du lit ? Jean-Paul Sartre a du y trouver la source à l'existentialisme), est un film douteux.
Et on est plus proche d'Alice ADSL que du paradis immatériel.
Première critique donc, le film est matérialiste, encrée dans son époque, avec des références modernes dirons-nous. Après, la morale a vécu pour les rédactrices d'Elle, l'époque se veut plus winner, internationolle, anglicisée, sexy, choux, tendance, apparente, cadre sup, brillante, échangiste; l'époque se veut surtout moins "prise de tête", vive le superficiel et léger.
Seconde critique, positive cette fois-ci, il est très plaisant de retrouver Sophie Marceau dans une comédie, on la sent rayonnante, joueuse, et quoi de mieux que de voir un acteur ou une actrice jouer, libérée ?

Troisième critique, mitigée sur la veste un peu trop large endossée par Dany Boon, sûrement plus à l'aise en son pays, malgré quelques trouvailles intéressantes et une sincérité assez évidente.

En conclusion, la comédie prête à sourire en quelques occasions, ne brille aucunement par sa finesse, et restera dans les annales, comme un film qui ne mérite absolument pas d'y rester, peut se consommer, mais reste fade.

mardi 13 janvier 2009

La tragédie d'un homme ridicule


Parmi les grands cinéastes italiens, on oublie parfois ceux qui sont encore vivants. Si Visconti, De Sica, Pasolini, Fellini, Antonioni, Ferreri, Risi, Bolognini, Rosselini nous ont quitté, Bertolluci* lui est toujours bien de notre monde, et il est intéressant de redécouvrir son oeuvre, et notamment celle qui nous est la moins connue. Nous évoquerons bien entendu un jour ses grands classiques que sont "le conformiste", "1900", "le dernier tango à Paris" ou encore "le dernier empereur", ou "un thé au Sahara", nous laisserons certainement plus volontiers de côté les "beauté volée" ou "Little Buddha", mais pour l'heure, attardons-nous sur une comédie, euh, une tragédie, celle d'un homme ridicule, Ugo Tognazzi. L'un des monstres, sacré [à Cannes pour ce rôle notamment] du cinéma italien, le monsieur de la chambre de l'évêque ou la tante de la cage aux folles, nous campe ici un personnage troublé, abasourdi, en proie à une remise en question complète de toute son existence. A ses côtés, une femme, Anouk Aimée, échappée de Fellini ou Lelouch (Un homme et une femme bien évidemment).
Tous deux entretiennent des relations bien différentes avec leur fils, esprit libre, contestataire, dans une Italie où le choc des générations se fait sentir, où la quête de sens plus que jamais resurgit. Ugo Tognazzi, maître fromager exploiteur, enrichi à force de travail, enrichi mais aussi endurçi, résigné, aigri. Son existence, qui dans sa prime jeunesse avait pu revêtir quelques habits idéologiques, est réduite à la plus nue expression du matérialisme, quand les sentiments vivotent. Le sens de l'humour perdu, le sens de l'amour égaré, le propriétaire entretient des relations conflictuelles avec son seul fils, fils à sa maman bien aimée.

Le film dissèque cette relation père-fils ambigue, comme le paysage politique italien, et nous dirige vers un trouble vertigineux: lors même que le fils envoie une lettre, et quelques présents adressés à son père, celui-ci, ragaillardi, assiste à une scène peu banale: le rapt de son fils après une course poursuite dont on pouvait penser qu'elle fut amicale.
Le décor est donné, l'intrigue trouvée ... Qui a kidnappé le fils ?
Film policier alors ....
A l'heure des brigades rouges, et au vu de l'engagement politique du fils du fromager ...
plutôt une critique sociale ?
Une relation homme-femme ambigue, la tragédie d'un homme que les gens délaissent ...
Un portrait psychologique ?
Une tragédie ?
Une comédie ?

Rien de tout ceci, ou plutôt un peu de tout ça ... L'enlèvement lui même sonne étonnant, ambigu.

L'intérêt est là, dans la confusion des genres, dans la confusion que les personnages, l'histoire, les situations suscitent au spectateur.

Au delà de cette interrogation dont vous trouverez peut être réponse (mais il est intéressant à la manière d'un bon Lynch de laisser l'interprétation choir en plusieurs hypothèses, sans plus de poids pour l'une ou l'autre), nous voyageons et redécouvrons les paysages verdoyants parmesans.

Un hommage à cette région quelque part ... hommage ou annonce de départ ... Bertolluci quitta l'Italie peu après.

Si vous nécessitez un dernier argument pour vous risquer à vous confondre, j'évoquerai le trio d' acteurs et actrices: Tognazzi, Aimée, Morante.




* parmi les rescapés citons encore Monicelli, Ettore Scola, les frères Taviani, Bellochio, Moretti, ...