mardi 8 juin 2010

Uncle Boonmee who can recall his past lives d'Apichatpong Weerasethakul ***

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Oncle Boonme, le personnage du titre, est sous dialyse et sent sa fin venir. Un soir, alors qu'il est à table, sa femme défunte lui apparaît...
Oncle Boonme, Palme d'or 2010, est un film trip. On l'a comparé à 2001 : Odyssée de l'espace, à raison. L'histoire est inracontable, on sort de ses repères coutumiers, mais le cinéaste nous emmène dans un voyage inédit, dans le jamais vu, installant un rythme hypnotique qui lui est propre. On assiste à un voyage dans le temps, y compris dans les temporalités parallèles sans jamais perdre le fil. Les poissons chats parlent, les singes sont des fantômes anciennement humains. Sur la dernière partie du film, il y a quelque chose de la vidéo d'art plastique -et pour cause, l'auteur donne aussi dans cette discipline. La photographie n'est pas si belle que ça, elle est plutôt rudimentaire. Les effets spéciaux sont vintage. Ceci, plus le manque de repères pour l'occidental, peut expliquer pourquoi le film, lors de sa projection, a reçu un "mauvais" accueil : certes, ceux qui applaudissaient le faisaient d'une très manière soutenue, mais nombreux étaient les sifflets, sans parler des gens quittant la salle, furieux, durant la projection.
Il n'en reste pas moins qu'Oncle Boonme est un bon film. Pas forcément universellement accessible, mais qui offre un spectacle planant et inédit pour qui consent à s'y abandonner.

Rebecca H. (Return to the dogs) de Lodge Kerrigan


Rebecca H. (Géraldine Pailhas) est un paumée qui veut partir en Amérique pour faire chanteuse. Mais il y a aussi le personnage de Géraldine Pailhas joué par cette dernière qui doit interpréter, sous la direction de Lodge Kerrigan, le biopic d'une chanteuse américaine des 70's... Rebecca croise Géraldine par le biais d'une télvision. Est-ce que Rebecca H. est le double de Géraldine ou est-ce que Géraldine a juste interprèté le rôle de Rebecca ?
Lodge Kerrigan (Claire Dolan) était très attendu au Festival... Rebecca H. est une commande tombée à l'eau. Avec le matériel filmique dont il dispose, Kerrigan nous fait le coup de la mise en abîme et de l'opacité Lynchienne. Las ! On a l'impression de voir les rushes d'un film inabouti... Le film tourne en rond. L'ennui et l'énervement s'invitent malgré toute la bonne volonté qu'on y met. Un film exceptionnellement mauvais.

mardi 20 avril 2010

New york I love you *




Le concept de Paris je t'aime, cette fois sur la ville de New York : une série de courts métrages, réalisés par divers auteurs, dont des acteurs (ici Yvan Attal et Nathalie Portman). De même que le 1er concept (des histoires liées à la ville de Paris) le résultat est inégal. D'autant plus que les histoires, de pattes très différentes, sont artificiellement liées pour créer un ensemble homogène -lien factice et vain pour des univers si différents. On ressort cependant enchanté de cet entreprise inégale, de par le regard "exotique" posé sur une ville non moins "exotique" pour les français que nous sommes. Et c'est un français, justement, qui s'en sort le mieux : Yvan Attal, qui continue dans son obsession de la pérennité du couple et de la séduction, thématique déjà usée chez lui mais si gracieusement interprétée par Robin Wright Penn ou Ethan Awke. D'autres sckeches, bien que pas forcément de meilleur goût (Brett Ratner) ou réussi (Nathalie Portmann en juive orthodoxe ou Shu Qi en muse mystérieuse) nous donne à voir des acteur magiques dans une ville magique. Le principe même de variété nous porte d'un univers à un autre. Aussi quitte-t-on un univers peu crédible pour un autre plus attrayant, le tout dans des jolies photographies avec de grands acteurs parfois rares (Elli Wallach, 93 ans). C'est déjà ça.

8 fois debout **

Critique à venir. Un premier film qui alterne du bon et du moins bon, pas à la hauteur des références parfois citées ici ou là. Performance intéressante de Julie Gayet.

Domaine *

Critique à venir. Béatrice Dalle dans un film plutôt pompeux, avec une composition certes intéressante mais peu poignante.

dimanche 11 avril 2010

Ajami, encensé certes ... *

Caméra d'or à Cannes, nommé pour le meilleur film étranger aux Oscars, des distinctions dans de nombreux festivals; film co-réalisé par deux citoyens Israeliens, l'un juif l'autre arabe, qui reçoit de façon quasi unanime dans la presse une excellente critique, nous nous attendions à un "masterpiece", à une oeuvre emprunte d'originalité, de sensibilité, ou bien à une oeuvre choc. En sus, la production cinématographique Israelienne de ces dernières années, nous a valu quelques pépites - l'art et la réflexion étant d'autant plus utile là où le social et le politique émeuvent, théâtre majeur du schiste des religions.
Cette carte de visite finalement élogieuse peut-elle, a fortiori, influer (négativement) notre regard ? certainement.
Ajami est le nom d'un quartier de Jaffa, au sud de Tel Aviv, l'un des rares quartiers où juifs et arabes cohabitent en Israël. Scène idéale pour ce projet, dont la genèse remonte à 2002, quand Yaron Shani, Israélien, juif, rencontre Scandar Copti, citoyen d'Israel arabe de confession chrétienne et porteur de projet vidéo.Ensemble, ils décident de monter un film qui relate la cohabitation dans le territoire d'Israël, sur un mode cinéma vérité, avec des acteurs qui n'en sont pas (immense casting ayant duré plus d'un an !) et dont l'émotion ne soit pas feinte - le film est tourné de manière chronologique, pour que les acteurs découvrent le film au fur et à mesure et que les émotions soient les leurs et non celles de comédiens préparés.
La mise en scène sera pédagogique vous diront certains, calqué, imité, alambiqué vous répondrais-je.
5 chapitres convient les personnages centraux de cette histoire, noire au possible, basée sur des relations de pouvoir, le banditisme et son lot de meurtres, sur fond de conflits communautaires, de règlements de compte, de trafic de drogue. La chronologie est déroutante, les histoires s'imbriquent les unes aux autres. Cela peut fasciner, ajouter une dimension mystérieuse.
Parmi les nombreuses éloges, beaucoup se réfèrent à des analogies, les plus fréquentes étant Gomorra ou Amours Chiennes. D'un point de vue montage, la comparaison avec 21 grammes, par exemple, est aussi possible, mais ce qui innove apporte, ce qui imite déçoit, ou leurre.
En analogie avec Un Prophète, Ajami est un film basé sur une réputation, une sorte d'objet dont il semble, tant ils fédèrent, qu'ils bénéficient d'une impunité bien-pensante. Et pourtant, faut-il taire que comme pour Un prophète le film est d'une noirceur scénarisée à l'extrême, à en être caricaturale bien plus que précise, faut-il taire que le film surfe sur le créneau de la violence établie; innée, sans point de vue - ce qui n'est pas nécessairement un mal ou une finalité -  mais surtout sans profondeur.

A choisir, ne faut-il pas préférer les discours trompeurs, erronés, mais courageux, qui engagent leurs auteurs ? Ici le sujet semble finalement volontairement évité; sous prétexte de complexité, de terrain miné, et se pose alors la question de la dimension réelle de l'oeuvre ... Certainement pas politique, encore moins philosophique, absolument pas poétique, évidemment pas comique, pas franchement divertissante, peu émouvante. Non, il reste le thriller, le suspense, le drame, la violence, l'action, le prosaïsme, et peut être plus encore le jeu de cluedo, puzzle menteur pour comprendre. Avec la grille de critique qu'il convient d'appliquer à cette catégorie, Ajami est certainement honorable, mais vous l'aurez compris, ce billet aurait souhaité que la grille à appliquer fusse différente. On m'aurait menti ...

samedi 27 mars 2010

La rafle

Critique à venir. Décevant. (Critique audio en ligne).

L'arnacoeur ne nous arnaque pas tant que ça ... ***

Critique à venir. Une comédie qui fonctionne dans l'ensemble bien. Moderne et efficace, Duris est employé à la Bebel.
Contrairement à la photo de Vanessa Paradis non actuel, le film ne vous arnaquera pas.

Tout ce qui brille brille ***

Critique à venir. Une comédie rigolote, qui emprunte une recette comique éprouvée, avec une fraicheur intéressante. Avec et co-écrit par G. Nakache, sans machisme !

Chloe: Atom Agoyan en petite forme *

Critique à venir. Critique audio en ligne. Un film décevant loin d'Exotica. Comparable à la Vérité Nue. Remake peu flatteur de Nathalie d'Anne Fontaine.

Bad lieutenant, escale à la nouvelle orléans, un mauvais remake ? *


Critique à venir. Un film décevant dans l'ensemble - n'est pas comparable à Bad Lieutenant de Ferrara - raccourci des producteurs.

Soul kitchen, la cuisine qui fait danser ***

Critique à venir. Une comédie de Fatih Akin, entre Julie en Juillet et de l'autre côté. Plutôt agréable à regarder. Plus encore à écouter. Ours d'or à Berlin peut être exagéré cependant.

Liberté ... contrariée ***

Liberté offre un intérêt majeur, il traite d'un sujet traité mille fois, mais pas traité une seule fois sous cet angle là. On y redécouvre une partie de l'histoire oubliée, avec beaucoup d'authenticité. Comme souvent, Gatlif parvient à nous embarquer dans un univers sympathique, insufflé. Liberté est ambivalent, c'est tout à la fois le choix du nomade de ne pas se laisser enfermer entre quatre murs, mais c'est peut être plus encore ici le non choix des gitans à qui les nazis promettaient, à eux aussi, le regroupement en camps de concentration.
Le film sonne dans l'ensemble très juste et alterne rire et larmes, sourires et attachements, portés par l'interprétation d'un James Thiérrée très convaincant, très amuseur; porté à moindre titre par la rigueur contrastante d'un Marc Lavoine intéressant, quoi que son personnage soit un peu exagéré parfois; il est en tout cas bien plus intéressant ici que dans le coeur des hommes.
Marie Josée Croze complète l'affiche, mais sa partition est assez mineure et neutre, dans un rôle qui ne permet pas forcément de se mettre en avant.
Un film intéressant à découvrir.

Il manque quelques carats à Precious **

Precious s'annonçait de la plus belle veine de la mouvance indépendante, on songeait à ces quelques pépites Sundanciennes ou pas, qui nous ont fait découvrir Jarmush, ont consacré les Coen, ont laissé place à Juno et consors, on imaginait même un instant se replonger dans un brooklin boogie austerien, voire un little Italy façon Spike Lee, du temps où il était avant tout cinéaste. Le best-seller laissait deviner une mise en scène personnelle, l'affiche et les médias une actrice consensuelle. Las, le film déçoit, dans une forme s'approchant bien plus du mélo facile, avec quelques fautes de goût (cet imaginaire de Precious qui la voit princesse lorqu'elle est victime des infamies). Le propos est finalement assez peu personnel; et le pathos est mis sur le devant de la scène, sans grande subtilité (non pas qu'il faille réfléchir sur la misère à tout prix, au point de ne pas la montrer, mais ici l'entre deux - pourquoi ne pas avoir choisi une forme plus radicale ? - sonne gloubiboulga, mac do);
On reprochera donc au final un aspect somme toute superficiel, quoi que l'on doive reconnaître que l'ensemble n'est pas franchement mauvais, et que Mariah Carey par exemple s'en sort bien plus qu'honorablement.

White material âpre et maîtrisé ****

Le futile, l'accessoire de l'homme blanc en Afrique est péjorativement nommé White Material. Le regard porté par les autochtones envers leurs colons est riche d'ambiguïté, entre modèle, envie, jalousie, et rancœur, dégoût, dénigrement. Ce que la colonisation a laissé en Afrique, ce sont des hommes livrés à eux même, mais aussi quelques descendants des colons, qui ne vivent pas sur le même pied d'égalité.

Des hommes organisés, en milices, en villages, mais aussi et surtout des hommes désorganisés, des hommes divisés entre terreur gouvernementale, qui a instauré petit à petit les moyens de son assise et de sa richesse, et radicalisation de la contestation, de la rébellion.

Nous sommes quelque part en Afrique. Où ? Cela n'a pas tant d'importance. Claire Denis a connu le Cameroun, elle connaît le sujet Afrique, et son film déjà en cela est un voyage concret, non une de ces images d'Epinal qui nous fait caricaturer l'Afrique entre splendeur de la brousse et de sa faune, beauté de l'ancestralité, du tribalisme, scénarisation de la violence quotidienne et apitoiement sentimental sur les conditions sanitaires; pour qui dirons-nous, parle d'une Afrique distante qu'il ne connaît pas, ni n'a envie de connaître au fond.

L'Afrique pourtant, c'est aussi ce terrain de jeu fascinant, cet autre monde, qui fascine à ne plus vouloir la quitter; passé à l'autre bout de la nuit, le jour paraît bien fade et bien peu attirant. Quand votre vie entière fut consacrée à, raisonne autour, trouve son sens dans un engagement au quotidien, au plus prêt de la terre, en immersion locale là-bas, ici n'a plus de sens, et même le destin de votre fils ne peut remettre en cause cet enracinement.

Isabelle Huppert incarne cette réalité, si ce n'est mieux que les autres tout du moins excellement, en exploitante cafetière, femme opiniâtre, volontaire, obstinée et battante.



Autour d'elle, tout le monde lâche les armes, tout le monde reconnait, constate que la tournure des évènements condamne les règles en place, condamne un temps révolu, devenu illusions plus encore qu'illusoire. 



Entre pleutrerie et pragmatisme, dans un habit adéquat, Christophe Lambert nous réapparait excellent acteur, étrangement présent et charismatique pour un personnage qui devrait l'être moins. Isaach de Bankolé est lui aussi employé à très juste titre, en résonance entre l'histoire dans le film, et l'histoire du film, en icône. Moins judicieux est cependant le choix de Nicolas Duvauchelle en adolescent tantôt attardé, tantôt psychotique.



Le fonds du décor emprunte aux sujets de prédilection de Claire Denis, sa fascination de la provocation, de l'outrage paraît ici encore, mais elle semble ici parlé vrai, sans exagération; elle fait preuve en effet d'une maturité cinématographique très intéressante, que ce soit dans l'image mais aussi et surtout dans la chronologie choisie. Quand la fin du film vous est dévoilé dés le départ, quel intérêt devrait-on trouver à suivre les faux espoirs, chronologiquement antérieur, qui suivent ?

La réponse est simple, l'intérêt réside dans la complexité, dans l'ambivalence, dans le mystère, et cette impression est de surcroît persistante. Vous ne trouverez nulle réponse évidente, nul pamphlet moralisateur dans ce White Material, aussi âpre que maîtrisé. Très certainement parmi les plus belles réussites de Claire Denis.